POLITIQUE

Pourquoi n’audite-t-on pas l’Administration du Territoire ?

Kiridi Bangoura partira, ne partira pas ?

La récente confusion autour du décret qui continue encore à faire couler beaucoup d’encre et de salive au point que de nombreux jeunes ont jeter leur dévolu sur le jeune ministre de l’Administration du territoire, Naby Youssouf Kiridi Bangoura. Pour eux, Kiridi ne reflète plus l’espoir de la jeunesse guinéenne.

 

Cela serait du à la fraude massive qui a caractérisée les élections communales et communautaires du 18 décembre 2005.  À leurs yeux, le jeune ministre de l’Administration du territoire qui fondait leur ultime espoir n’a pas pris ses responsabilités en main. Il a plutôt accepté le jeu du pouvoir en place qui consiste à gonfler les résultats des urnes en faveur du parti au pouvoir, le PUP. A les en croire, Naby Youssouf Kiridi Bangoura s’est abstenu à expliquer les vrais enjeux de ces consultations aux responsables locaux à la base. Il ne s’agissait donc pas de faire gagner absolument le parti du général Lansana Conté, mais faire en sorte que les résultats sortis de ces scrutins soient transparents et crédibles.

 

Ainsi, le pays aurait valablement franchi le test de nos bailleurs de fonds traditionnels qui ne peuvent plus continuer à jeter l’argent de leurs contribuables dans le néant. Encore que la Guinée aurait eu la chance de décrocher plusieurs milliers de montants nécessaires pour le bien-être de sa population. Mais en agissant ainsi, Kiridi ne facilitera certes pas la tache au Chef de l’Etat. Une faute lourde de la part d’un jeune ministre dont de nombreux jeunes guinéens ne sont pas prêts à pardonner de sitôt.  C’est pourquoi, ils souhaitent que les législatives qui s’annoncent inexorablement ne soient pas sous l’arbitrage de l’actuel ministre de l’Administration du territoire au risque de faire bouillonner les rues de la capitale et celles de l’intérieur du pays profond par des monstrueuses manifestations de contestations.

 

 

D’autres commentaires ont également alimenté la chronique, c’est le faramineux montant décaissé en faveur de la Guinée pour l’organisation de ces consultations. A en croire à l’homme de la rue, l’Administration du territoire s’est proprement beurrée sans qu’aucun audite extérieur n’intervienne pour justifier les dépenses engagées par le Département en charge des élections. Une nébuleuse qui n’encourage pas cependant nos principaux bailleurs. C’est donc tout cela qui fait dire aux observateurs avertis, qu’en refusant le franc jeu des élections, Kiridi Bangoura aurait plutôt contribuer à ternir davantage, l’image du régime de son mandataire. Une question récurrente cependant :  Que va devenir les prochaines élections législatives ?

Attendons de voir.

Aziz Camara

 

 

 

OPPOSITION: Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG)

La Route Cabossée qui mène au pouvoir

Dans une démocratie d’opinion, la première fonction de l’opposition est d’informer le peuple, ce qui éclaire aussi le pouvoir. Sans l’opposition, le pouvoir serait aveugle, rien ne le préviendrait qu’il est en danger où qu’il va se heurter à des obstacles. Nous citons comme exemple, le Professeur Alpha Condé, qui avait pourtant prévenu le gouvernement guinéen qu’il faillait renoncer à la construction de Garafiri. Car pour lui, ce projet ne serait pas rentable. Pour une question d’amour propre, on ne l’a pas écouté. Aujourd’hui, les pauvres populations font payer les frais de cette sourde oreille du pouvoir actuel.

 

Conséquence de cette sourde oreille, deux cent vingt milliards de nos francs guinéens sont allés à vau-l’eau. Un peuple bien informé, devient un  sujet, comme l’a si bien dit le député voltaïque, Ouezzin Coulibaly à l’Assemblée Nationale Française : « Il y a quelques chose de plus odieux que l’esclavage : c’est d’avoir des esclaves et les appeler citoyens ». Aujourd’hui, le peuple raille la parole des acteurs de l’Etat, se méfie de plus en plus et ouvertement des informations données par les  médias d’Etat.

 

 

De l’extérieur, le Président du Rassemblement du Peuple de Guinée (RPG), le professeur Alpha Condé, dénonce la carence notoire du régime autocratique dans un article célèbre du journal ‘’Malanyi’’, ‘’Le poisson pourri  par la tête’’. L’article circule clandestinement dans les bureaux, les grands espaces hippiques et les marchés. Partout on ne parle que d’Alpha Condé, un leader charismatique, un ‘’Cerveau politique de premier ordre’’, de plein-pied avec toutes les questions qui concernent  non seulement son pays, mais aussi l’Afrique et le monde entier. Il devient presque le Messie, l’apôtre de l’instauration de la véritable démocratie en Guinée. Aujourd’hui, le peuple abusé, n’entend plus respirer l’air pollué  des interminables promesses qui tardent encore à venir. Tout est luxe chez le guinéen d’en bas : ‘’l’eau, l’électricité et le téléphone’’. Ainsi, le mythe de l’invincibilité du pouvoir autocratique a éclaté.

 

 

Les maîtres du jour n’ont pas mis beaucoup de temps, pour comprendre tout le danger que représentait  pour eux, le leader du RPG. Un mois avant l’arrivée du professeur Alpha Condé, dans sa terre natale, le vendredi 17 mai 1991, les opportunistes lancent contre lui une violente  campagne de discrédit de colonie : «Alpha Condé n’est pas guinéen, il est Burkinabé, il est plus français qu’africain, c’est un aventurier». Tels étaient, les propos mensongers de petits gens complexés en mal de publicité tapageuse, qui n’ont cependant rien changé dans la percée politique de l’homme.

Des pressions de toutes sortes sont faites sur la population de Conakry, pour ne pas recevoir le professeur Alpha Condé, à l’aéroport de Conakry- Gbéssia. On avait même promis de brûler l’avion qui le transportait en Guinée. On aurait mis en branle, toutes les sciences  occultes pour empêcher la venue du professeur Alpha Condé.

 

 

Mais toutes ces manœuvres politiques et religieuses, toutes les réunions, furent vaines  pour endiguer le courage de foi et l’enthousiasme qui avait suscité l’annonce  de l’arrivée du président du rassemblement du Peuple de Guinée, en 1991 au point que l’ampleur du mouvement n’a pas manqué d’inquiéter sérieusement le régime du général Conté.

Finalement, dans un enthousiasme indescriptible, le Professeur Alpha condé est reçu avec faste, dans sa patrie  qu’il a tant aimée. Dans un meeting de circonstance, le Professeur Alpha a livré tout de même son message : « Nous sommes décidés à travailler la main dans la main, avec toutes les forces vives et organisations démocratiques du pays pour le plus grand bonheur de notre peuple », a-t-il lancé. Le professeur Alpha Condé est convaincu que la guerre contre la pauvreté, la misère et l’injustice, ne peuvent se  gagner que dans l’union du peuple. Il va plus loin : « Nous sommes pour un changement rapide  en Guinée», a-t-il ajouté. Le changement que réclame le RPG, n’est pas dirigé contre un homme ni une ethnie, mais contre la pauvreté, la famine, le désespoir et le chaos.

 

Le Professeur Alpha Condé a en substance déclaré que « le RPG bâtira une société de droit  où ne sera exclue personne ». Voila un véritable leader politique. Le RPG lutte pour le bien-être de l’homme dans son indépendance réelle, par la libération de toutes les misères.  Ainsi, l’une des plus belles images que le professeur Alpha laissera de lui dans l’histoire, sera celle d’un grand rassembleur d’hommes, d’un grand catalyseur d’énergie.

«Sachez que je n’ai aucune haine, je ne chercherai jamais à me venger de quiconque. Quand on veut changer le sort malheureux de son peuple meurtrie, on ferme la porte de son cœur à la haine.

 

C’est la conviction que l’union dans la lutte doit non seulement se conserver dans la victoire, mais s’étendre jusqu’aux adversaires à qui l’on doit savoir  pardonner leur aveuglement. Car le bonheur ne peut-être parfait que s’il est partagé par tous, dans une fraternité à la dimension de la Guinée. De toute les façons, après le changement, il faut retisser une nation effilochée, la doter d’institutions fortes, durables, qui sont les conditions de tout progrès », a déclaré le Pr Alpha Condé.

 Aziz Camara

Le coup d’Etat militaire du 3 avril 84 Que s’est-il réellement passé ?

La part de Vérité des autres protagonistes et témoins du 3 avril 84. Capitaine Kaba Kabiné ancien ministre gouverneur de la Banque Centrale de la République de Guinée. Lettre ouverte à la nation  en date du 13/2/92

La  genèse du putsch du 3 avril 84.

 

Mon penchant pour les idéaux de liberté et de justice, et ma haine prononcée contre l’injustice et l’irrationnel ont toujours été des faits très remarqués dans les milieux où  j’ai vécu. Ancien prisonnier du camp Boiro, et las de supporter d’autres injustices et brimades de toutes sortes, j’ai demandé en fin 1982 ma mise en disponibilité à défaut d’obtenir ma retraite. Mais grâce à mon insistance, j’ai obtenu finalement ma mise à la retraite pour compter du 1er janvier 1984, suivant Arrêté n°12436 du 24 novembre 1983. 

 

Et moins de trois mois après mon départ à la retraite, le père de la nation, le responsable suprême de la révolution, est mort le 26 mars 1984. Je venais de réintégrer Aliamounou, mon village natal.  Devant cet événement national sans précédent, la seule idée qui m’habitait était de tenter l’impossible pour débarrasser le peuple de Guinée de cette dictature sanglante endurée pendant 26 années de pouvoir sans partage.  Dans l’euphorie de ce mardi 27 mars, et dans le calme du village propice à la méditation, je m’étais imposé quelques minutes de réflexion. Ce qui fit germer en moi l’idée d’organiser un putsch le plus discrètement et le plus rapidement possible, pour renverser le régime du PDG. L’ambition était à hauts risques et d’une extrême délicatesse, tant le régime concerné était policier. Pour mener l’opération, il fallait une équipe d’éléments très sûrs et ouverts aux idéaux de liberté et de justice. Connaissant parfaitement mes camarades de l’armée, j’ai pu facilement dresser une liste de 25 officiers et sous-officiers, toutes ethnies confondues. Ce travail s’est effectué, au village, quelques minutes après l’annonce du décès du Président Ahmed Sékou Touré (Paix à son âme)

Ma grande préoccupation fut alors de me rendre à Conakry dans les meilleurs délais. J’envisagea d’abord d’effectuer le voyage dans ma voiture. Je quittai le village le même jour à 9H00 pour Conakry. La voiture tomba en panne à Makono, un village situé à 15Km de Kankan. Je l’y abandonnai sans même avoir le réflexe de la confier aux villageois.

 

Je rentrai à Kankan pour attendre le premier vol sur Conakry. Un avion spécial fut annoncé pour le mercredi 28 Mars. Il venait chercher les membres de la famille Touré  qui avaient assisté aux obsèques du Président. Mercredi matin, nous nous rendîmes à l’aéroport qui n’avait jamais connu une telle affluence. C’est avec beaucoup de difficultés que j’ai pu accéder au bureau du chef escale pour solliciter une place. Il m’exprima son vif regret de ne pouvoir me donner satisfaction. Désespéré, et tenant absolument à rejoindre Conakry pour les raisons déjà évoquées, je me suis adressé directement au commandant de bord Antoine Cros. Ce dernier promit de m’embarquer. Pour cela, il a demandé à Conakry l’autorisation de faire un vol direct Kankan-Conakry sans passer par Labé où l’attendaient 19 autres membres de la grande famille. La réponse au message était positive, et le commandant Cros disposait alors de 19 places supplémentaires pour Kankan. Il m’a embarqué le premier et gratuitement. Nous sommes arrivés à Conakry le même jour dans la soirée. Le lendemain, jeudi 29 mars au matin, je me suis présenté au camp Samory pour prendre contact avec mes camarades, muni de ma liste qui doit être encore dans mes affaires à Kankan, si elle n’a pas été enlevée ou détruite au cours des multiples perquisitions. Je peux tout de ‘même rappeler les noms des 6 premiers qui sont:

 

1  Alpha Kabiné Kaba            Capitaine (ethnie Malinké)

2  Lansana Conté                  Colonel    (ethnie Soussou)

3  Mamadou   Pathé Barry     Capitaine (ethnie Peulh)

4  Fodé Morno Camara         Capitaine (ethnie Soussou)

5  Facinet Touré                    Capitaine (ethnie Soussou)

6  Mamadou Baldé                 Capitaine (ethnie Peulh)

 

Ces premiers noms inscrits prouvent à suffisance que je suis un homme foncièrement opposé au tribalisme et au régionalisme érigés très tôt par le colonel Conté en système de commandement. La première personne contactée ce matin du jeudi 29 mars au camp Samory, fut le capitaine Mamadou Pathé Barry, son étonnement me croyait au village jouissant de ma retraite. Je lui ai exposé l’objet de ma visite qui n’était autre que l’organisation sans délai d’un putsch pour renverser le régime du PDG, à la faveur de la mort du Président Ahrned Sékou Touré. Il a attentivement lu la liste, et a donné son accord en signant.

 

C’était la deuxième signature après la mienne. Barry et moi sommes rendus chez le capitaine Fodé Morno Camara qui ne trouva point d’objection au projet et nous donna son assentiment. Sur ma demande, nous nous rendîmes chez le colonel Conté que je pressentais au poste de chef d’Etat, en cas de succès. Madame Fanta Sakho épouse du capitaine Fodé Morno nous présenta ses encouragements et demanda de faire le déplacement avec nous. Arrivés chez le colonel Conté, mes trois camarades restèrent devant le portail et me demandèrent d’aller présenter le projet.

 

J’étais donc allé seul, l’accueil était enthousiaste; je lui remis la liste, en lui expliquant l’objet de cette visite matinale. Il la lut attentivement, marquant un moment de pose puis m’exprima son agrément avant de me confier ses observations. En effet, il me confia qu’il y avait sur la liste 4 officiers qui ne lui inspiraient pas confiance clans une action de telle envergure. Je lui ai fait savoir aussi qu’en cas de succès, il assumerait les fonctions de chef d’Etat. Et que j’avais mis mon nom en tête de liste pour endosser le premier la responsabilité en cas d’échec. J’ai donc poursuivi les contacts jusqu’à 23 heures pour recueillir l’avis de chacun. Malgré tout ce temps mis à courir à travers la ville et la banlieue jusqu’à l’école normale supérieure au Km 41 vers Kindia), je n’avais pas pu voir ce jour les capitaines Sékou Traoré et Facinet Touré qui étaient absents chaque fois que je passais à leur domicile. Ce fut le lendemain vendredi 30 mars que j’ai rencontré le capitaine Facinet Touré à l’entrée du camp Samory, et le capitaine Sékou Traoré devant le dispensaire Elhadj Sinkoun Kaba à Matam. Je passai aussi dans toutes les casernes de la garnison de Conakry pour prendre contact avec les hommes. J’y avais trouvé des sous-officiers et hommes de troupe courageux et déterminés à mener l’opération.

 

Ils étaient déjà très impatients et surtout inquiets devant ce qu’ils avaient appelé la lenteur des officiers à passer à l’action. Et d’ailleurs le capitaine Amara Bangoura ne m’avait pas caché ce sentiment des éléments de la Marine Nationale, lors de mon passage dans cette unité le vendredi 30 mars. A l’exception des 3 officiers sur les 4 au sujet desquels le colonel Conté avait émis le doute, tous adhérèrent à la cause.

 

 

Lieutenant-Colonel  Faciné Touré

Ancien membre du CMRN originel Ancien ministre

Citoyen N° 8 du 20/11/92

A grands pas vers le pouvoir.

LC : Les événements du 3 avril 84 ont changé le cours  de l’histoire de la Guinée. Peut-on connaître votre version des faits ?

FT: Je dois vous dire que j’ai été souvent harcelé par des historiens sur le même sujet, je me suis abstenu de m’étendre là-dessus, simplement parce que, en venant au pouvoir, nous avions fait des promesses de liberté et de bonheur au peuple de Guinée, qui sont encore loin d’être une réalité. Je suis moi-même en train d’écrire mes mémoires, Mais, j’estime qu’il n’y a de mérite à dire quoi que ce soit, que quand nous aurions réalisé un peu de ce que nous avions promis.  Pour l’essentiel, retenez que nous sommes au pouvoir à la faveur du désaccord qu’il y avait entre les dirigeants d’alors sur la question de la succession. Ils s’empoignaient à n’en plus finir et des rapports quotidiens nous parvenaient. Cela nous a effrayés. Tout le monde savait que la Guinée était assise sur une poudrière.

 

Il suffisait de peu, pour que commencent les règlements de comptes, le bain de sang, etc., etc. Laisser faire? On n’aurait pas fait notre devoir. C’est ainsi que nous avons commencé à nous préparer. La nouvelle a dû filtrer, car le 2 avril, le bureau politique national (BNP) du PDG, le gouvernement ont dépêché le général Lansana Diané qui nous tint à peu près ce discours : « Le BPN et le gouvernement sont informés de votre intention de faire un coup d’Etat militaire. Ils m’envoient vous dire de renoncer. Parce que, le seul homme qui a détruit ce pays, c’est Sékou Touré et Sékou Touré est mort. Il connaissait tout, il pouvait tout, chacun de nous a dépassé le cap de la cinquantaine nous sommes tous malades. Donc, nous sommes au bord de nos tombes. Ne vous salissez pas les mains inutilement. Renoncez au coup d’Etat Si nous ne entendons pas du tout sur la succession, nous viendrons vous trouver et vous nous mettrez d’accord.

Quel…  comme de l’électricité dans la salle. Mais quand le général Diané eut fini de parler, la tension tout d’un coup tomba, il avait su toucher nos cordes sensibles. Ici même, certains camarades se retirèrent de la conspiration. Cependant, il y eut ce jour 8 (huit) personnes à prendre la parole (dont moi) pour dire à peu près la même chose.

 

 

Nous sommes d’accord de renoncer au coup d’Etat, mais à deux conditions :

1) Vous vous mettez le plus rapidement possible d’accord sur un d’entre vous pour le fauteuil présidentiel.

2) Aucun de nous ne doit être inquiété. Le général Diané parti, la proposition est faite d’organiser une marche de fidélité. J’étais un de ceux qui s’étaient alors élevés contre cette proposition, estimant qu’on avait trop marché dans ce pays. Pendant ce temps, le général Diané avait fait son compte rendu au BPN. Quand il eut fini, Ismaël Touré prend la décision de faire arrêter tous ceux qui ont pris la parole, afin qu’ils soient exécutés avant l’aube. C’est ainsi que, dans la nuit du 2 au 3 avril 84, une vaste opération fut déclenchée, mal- heureusement, on se connaît bien en Guinée. Personne n’était ce jour à son logement habituel. Pendant qu’on venait l’arrêter, la victime, cachée non loin, observait. C’est ainsi que nous prîmes la décision d’inverser les rôles. Il valait mieux mourir les armes à la main. Nous avons bouclé tout Conakry jusqu’au moment où je balançais le premier communiqué, le seul ministre que nous avions rencontré était un noctambule. On l’a rencontré à l’aéroport alors qu’il se promenait. Voilà les faits.

 

Boubacar Yacine Diallo, Journaliste à la RTG

Guinée d’un régime à l’autre ( janvier 1997)

Vers 9 heures trente un impressionnant cortège franchit la porte d’entrée de la RTG. Du coup je reconnais le Capitaine Faciné Touré, une chemise en main. Car lui je l’avais connu à l’université de Kankan entre 1976 et 1978. Je l’avais côtoyé, alors qu’il était officier major et moi étudiant, chargé de confectionner les cartes d’identité universitaires sous sa signature. Il était venu une fois encore lire un communiqué du CMRN.

 

 

Même voix, même timbre que celui qui avait lu le communiqué n°l. J’en déduis que c’est bien lui qui avait été chargé de lire tous les messages des militaires en direction des populations et des auditeurs du monde entier.

Cheïck Sylla, coordonnateur du Journal parlé et M’Baye N’Diaye, chef des studios en ont largement profité pour nous raconter leurs mésaventures matinales. Ils ont évoqué le comportement d’un certain adjudant Sékou Touré qui avait précédé la mission du CMRN à la Station de la radio, menaçant à grands cris, fusil mitrailleur AK au poing, les journalistes d’écrire son communiqué à lui de prise du pouvoir. Pas pour longtemps. Il sera désarmé par l’équipe des Faciné Touré et Oumar Soumah. Sûrement, ce sous-officier fera partie de la liste additive des membres du CMRN.

La surprise de M’Baye est tout aussi grande. Il raconte «A ma grande surprise, aux environs de 5h3O du matin, on est venu me chercher à domicile pour me demander de me rendre à la radio.

 

Le capitaine Oumar Soumah nous a rassurés et nous a conseillés surtout de ne pas avoir peur, de garder notre sang-froid. Nous avons effectivement démarré l’antenne à 7 heures ; c’est dans mon bureau que j’ai retrouvé la «marche des héros» que nous avons commencé à diffuser à 7h moins cinq». Pendant ce temps, le «Doyen Katty» composait l’équipe de reporters et de cameramen qui devait incessamment se rendre au camp Boiro où devaient être libérés les survivants du régime de Sékou Touré. Quelques longues minutes encore. Faciné, le bouillant capitaine, doit quitter la RTG. Et cette fois, son regard furtif me dévisage. Et, l’officier de me demander en inquisiteur. Pourquoi n’es-tu pas allé à Boiro? Je n’ai pas eu le temps de répondre. Il ira tout à l’heure avec les autres, rétorque le directeur général. C’est ainsi que notre équipe a été transportée à Boiro sous bonne escorte. Malgré les chahuts et humours des Mamadi Condé et Alkaly Mohamed Keïta, la peur ne me quitte pas. Mon cœur bat à se rompre dans la perspective d’un éventuel accrochage en chemin.

 

 

C’est le camp Mamadou Boiro. Et le moment fatidique arrive. Un sous-officier dégaine son pistolet puis tire quelques coups et lance: «Vous êtes tous libres!» Deux jours après, je saurai que ce sous-officier était bel et bien l’adjudant-chef Joseph Gbago Zoumanigui, nommé secrétaire d’Etat aux Energies dans le premier gouvernement du CMRN. Les cellules infestées se vident de leurs occupants, pour la plupart squelettiques, et dégageant des odeurs fauves. Leurs biens curieux colis aussi. Les malades et autres handicapés sont aussitôt conduits à l’hôpital proche pour des soins intensifs. Une brève visite de quelques cellules nous arrache plus d’horreur que de larmes, surtout à la lecture des phrases d’hommes désespérés, gravées sur les murs au moyen de matières fécales, de charbon ou de leur propre sang. Je revois encore le commandant Kabassan Kéita ancien chef d’Etat-major de la marine porté en triomphe par de jeunes soldats à la fois émus et reconnaissants, au point que certains n’ont pu retenir leurs larmes. Dans sa cellule exiguë N°29 nous découvrons la maquette d’une mosquée confectionnée en papier et en carton. Une mosquée de fortune, sans nul doute pour tuer le temps en attendant l’heure fatidique de la potence ou d’une libération hypothétique. Kabassan avait été appréhendé, alors qu’il était ministre et incarcéré au camp Boiro pour «Complot contre le Président de la République».

 

Il avait été arrêté avec plusieurs jeunes militaires fraîchement rentrés de Libye, après une formation intense. Ridicule, car, celui qui était considéré comme intermédiaire entre Kabassan et certains militaires, accusés de «haute trahison», n’était qu’un simple étudiant. Son témoignage recueilli, ce 3 avril, à peine sorti de la prison de Boiro, est particulièrement éloquent «J’ai été arrêté le 26 avril 1982. On dit que j’ai comploté avec le ministre Kabassan et que j’ai été même intermédiaire. Moi, je suis étudiant. On m’a confronté avec un camarade militaire, qui rendra l’âme peu après».  Alors que le successeur d’Ahmed Sékou Touré n’était toujours pas connu, les graciés du CMRN, regroupés dans l’enceinte du camp ont eu le privilège de bénéficier du premier contact avec le colonel Lansana Conté.  J’ai vécu cette cérémonie émouvante en même temps que Mahmoud Bah qui évoque avec force détails cette rencontre historique dans son livre intitulé: «Construire la Guinée après Sékou Touré». Mahmoud après avoir été lui-même victime de la répression raconte: «Après une demi-heure de route, le convoi arrive au camp Alpha Yaya, situé sur une colline qui domine l’aéroport de Conakry. Le camp est très vaste. Beaucoup de militaires y vivent avec leurs familles. Les véhicules s’arrêtent dans la cour d’un grand bâtiment: tout le monde descend., les soldats font signe d’entrer dans le hall du bâtiment. Chacun des rescapés observe ces soldats avec I’œil de celui qui sort de l’enfer et qui aperçoit le paradis. Quelques minutes plus tard, des hommes d’âge mur en tenue militaire descendent lentement l’escalier et s’arrêtent à quelques marches du sol, juste pour dominer un peu la foule des nouveaux venus. Devant eux, un homme au visage serein et calme, au regard doux et réfléchi, une cigarette entre les doigts.

 

Cet homme regarde ces hommes, cligne des yeux plusieurs fois, soupire ostensiblement et dit d’une voix très calme: «La première décision du comité militaire de redressement national a été de vous libérer Nous avons bien des choses à nous dire et surtout à faire Pour le moment vous allez rejoindre vos familles en hommes libres. Nous nous reverrons». Et l’orateur de poursuivre:  «Des applaudissements, des cris de joie, des poignées de mains. Puis tout le monde se retrouve dans la cour du bâtiment.

 

 

Chacun se demande à présent qui est cet homme qui vient de nous parler, d’officialiser la libération des prisonniers politiques. Un soldat nous précise que c’est le colonel Lansana Conté, Président du CMRN.»

En début d’après-midi, dans le communiqué N°6, la liste des membres du bureau exécutif et du secrétariat du CMRN est rendue publique. Ils sont au nombre de 18 dont le Président du comité, le colonel Lansana Conté. On y dénombre deux colonels: Lansana Conté et Diarra Traoré; cinq commandants, six capitaines, un lieutenant et un adjudant. Cette liste sera élargie le lendemain à sept autres membres: cinq capitaines, un commandant et un adjudant, qui sera sitôt nommé préfet à Dalaba, c’est l’adjudant Sékou Touré. Toujours, le mercredi 4 avril par un acte constitutif du premier gouvernement, acte pris par le CMRN, le colonel Lansana Conté jusque-là chef d’Etat-major adjoint de l’armée de terre est désigné Président de la République suivi du colonel Diarra Traoré, Premier ministre alors que jusque-là, il occupait les fonctions de gouverneur de la région de Boké et membre du comité central du Parti-Etat dissout. De même, 30 ministres et 2 secrétaires d’Etat dont huit civils feront leur entrée au gouvernement, le premier de la deuxième République, que beaucoup de juristes appelleront «Régime d’exception». Pour la plupart, ces militaires n’étaient pas connus du commun, encore moins Lansana Conté. Il n’empêche, ce sont des milliers de jeunes élèves et étudiants, brandissant branchages et banderoles, scandant slogans et chansons populaires à la gloire de la vaillante armée guinéenne qui prendront gentiment d’assaut ce 5 avril, jour du premier conseil du gouvernement, le camp Almamy Samory Touré résidence officielle du chef de l’Etat. Les colonels Lansana Conté, Diarra Traoré et leurs compagnons seront longuement ovationnés. La fête sera tout aussi belle tant à travers la ville de Conakry que dans les autres villes de l’intérieur du pays. C’est dans cette atmosphère de liesse que le premier conseil du gouvernement très symbolique se tiendra dans une des salles exiguës du ministère de la défense nationale dans l’enceinte même du camp Samory Touré anciennement «Dépôt de Transition général Charles Mangin».

C’est pour la première fois que je voyais nez à nez l’homme entouré de la totalité des membres du CMRN et du gouvernement. Ils ne se connaissaient pas tous. La rencontre au cours de laquelle chacun a décliné son identité durera environ deux quarts d’heure. Très mesuré, le colonel Lansana conté accordera une des premières interviews à RFI. Il insistera sur le renforcement de l’unité nationale, la restauration des libertés publiques, la libéralisation de l’économie, bref, la mise en place d’un Etat de droit. Les nostalgiques du régime cryptocommuniste de Sékou Touré n’y voient que, du bluff et autres subterfuges pour disent-ils, endormir les consciences. Et le plus fanatique de tous de s’écrier: «Il ne faut pas tirer sur un corbillard, on ne piétine pas un mort, il est scabreux de piétiner une tombe ».

Venant à contre-courant, un sympathisant du nouveau pouvoir de répliquer: «Les hommes comme lui (Sékou) se sont agités dangereusement pour se coucher pour l’éternité, vomis par le peuple». Cette conversation de café est pour le moins révélatrice de certaines rancœurs qui prévalaient et qui étaient de nature à faire étendre sur le pays le voile perfide d’une guerre civile aux méfaits incalculables. Dans tous les cas, après la mort de Sékou Touré son image et sa forte personnalité pèseront pendant longtemps sur les Guinéens, dont certains n’ont jamais cru à sa mort, parce que redoutant tout simplement de le voir revenir un jour et faire passer au poteau tous ceux qui auront mal parlé de lui. On a même dit que son sarcophage ne contenait que des poupées et que la caisse était trop petite en taille pour contenir le corps de l’ancien Président. Je parie que ceux qui parlent ainsi n’ont jamais approché cette bière, encore moins la porter. Ce n’est pas à l’aide de poupées qu’on peut remplir un cercueil, surtout aux yeux des Américains. N’oublions pas que Sékou est mort aux USA. En tout état de cause ceux qui ont pris le pouvoir n’ont jamais accordé le moindre crédit à ce genre de «blasphème», de ragots de rue et de discrédits. D’ailleurs qui peut prouver que Sékou Touré n’aimait pas la Guinée, au point de souhaiter se faire enterrer ailleurs, au Maroc ou en Arabie Saoudite? Le vice-président Américain George Bush pouvait-il venir à Conakry pour enterrer un cercueil vide? Sûrement pas! Sékou Touré repose bel et bien sous une dalle de béton au mausolée national entouré d’illustres combattants de la liberté. Son successeur ne s’est jamais attaqué à lui. Il s’est tourné résolument vers l’avenir. C’est pourquoi, il multipliera les appels contre la vengeance et le pillage. Il ordonnera l’amnistie et la relaxe pure et simple de tous les détenus de droit commun, à l’exception des toxicomanes et criminels. Et alors, de bouche à oreille commence à circuler sa biographie qui mérite qu’on s’y arrête un instant.

 

Hadja  Fanta Sakho

 Epouse du Capitaine Fodé Momo Camara - L’Indépendant N° 220 du 3/4/97

C’est après l’agression du  22 nombre 1970  que nous  sommes rentrés au camp Almamy  Samory Touré. Là, nous habitions le même immeuble que Babacar  N’Diaye, Pathé Barry et Mamadou Sadio Bah. Le Président Conté devait être vers Boké mais chaque fois qu’il venait à  Conakry, il rentrait chez Faciné Touré. Quand il avait été affecté à Conakry, au camp Samory Touré, nous sommes devenus trop familiers. Chaque fois qu’il se rendait chez Faciné Touré, nous nous saluions et je l’appelais: « Mon mari». Quand le père du Président Lansana Conté était décédé en 1969, c’étaient les Capitaines Karamoko Camus Camara et Fodé Momo Camara (mon époux) qui étaient sortis volontaires pour se rendre aux obsèques à Bramayah . A l’occasion du mariage de ma fille aînée, c’était le Commandant Lansana Conté que la famille avait choisi comme témoin. Je rappelle tout cela pour dire comment nos relations avec l’homme qui dirige aujourd’hui la Guinée étaient excellentes. A la mort donc du Président Ahmed Sékou Touré le 26 mars 1984, j’étais malade et alitée à l’hôpital Ignace Deen. On devait même m’évacuer sur Fria ce jour, mais à cause  de ce décès le Général Toyah  Condé avait  décidé qu’aucun officier ne devait quitter Conakry. Revenue à la maison, mais toujours malade, j’avais constaté que les Capitaines Kabiné Kaba et Pathé Barry étaient à huis clos dans la chambre de mon mari. Au sortir de ce huis clos, le Capitaine Kabiné Kaba qui deviendra Gouverneur de la Banque Centrale, m’avait dit: «Fanta nous sommes en problème de famille.» J’avais répondu:

 

«Que le Bon Dieu fasse pour que la résolution de ce problème porte les germes du bonheur à tout le peuple»! Au fond je comprenais le scénario auquel ils se livraient. Je trouvais d’ailleurs l’action tellement lente que j’avais ajouté: «Nous avons trop souffert et vous avez toujours chanté P.D.G je ne te trahirai jamais. Mais faites quelque chose puisque Sékou Touré est mort». Pour toute réponse, le Capitaine Kabiné Kaba avait souri et m’avait tapée sur l’épaule en disant: «Toi tu es maligne». Deux jours après un soldat du camp Alpha Yaya était venu me voir sur presque un ton de menace:  «Maman dites à votre mari de prendre le pouvoir avec ses amis sinon les soldats vont le faire et tueront tous les officiers»!

 

Quelques heures après un autre du camp Samory Touré était venu me dire: «Tous les soldats sont prêts et en cas de réussite tous les, officiers seront tués»! Excédée par ces menaces, au retour de mon mari je lui avais tenu ces propos: «Si vous ne vous levez pas pour prendre le pouvoir, les soldats le prendront infailliblement et vous serez tous tués. Sékou Touré est mort le pouvoir est à terre. Dans la situation actuelle, je préfère quitter ton foyer et aller me confier à un vieux puisque j’aurais honte que les gens disent que je suis l’épouse d’un officier incapable»! Mon état de santé était grave mais mon ton traduisait le sentiment de milliers de soldats et des populations environnantes du camp Samory Touré. Deux sages du quartier Sans Fil et un certain Naby Sylla habitant à Coronthie étaient venus ainsi séparément me demander: «Il semblerait que c’est le Colonel  Lansana Conté qui est aux cotés du Général Toyah Condé qui doit devenir président de la République»?  Mes interlocuteurs pour lesquels je n’avais trouvé aucune réponse, avaient ajouté que tous les habitants du quartier en parlaient.

 

Une fois encore, j’avais fait part de ces informations à mon époux en précisant que le nom du Colonel Lansana Conté était dans toutes les bouches. Le Capitaine Fodé Momo Camara, en guise de réponse, m’avait conseillée d’aller voir le colonel Lansana Conté moi-même et de lui faire part de ces menaces de plus en plus pressantes. Je m’étais rendue alors au domicile de ce dernier où dans la cour j’avais trouvé Henriette qui aussitôt, m’avait demandée: «Maman qu’est-ce qu’il y a»? Je suis malade, je veux voir mon mari pour qu’il me donne des produits, avais-je répondu. Henriette m’avait dit entre, il est au salon. Le Colonel Lansana Conté qui avait un soldat à côté de lui m’avait demandé qu’est-ce qui ne va pas? J’avais hésité. Il m’avait rassurée en disant: »Tu peux parler sans crainte, ce soldat c’est moi-même». Notre conversation avait été ceci:

 

Qu’est-ce que vous attendez?   

Pourquoi faire?

 

Pour prendre le pouvoir. Si vous attendez le 40ème jour de Sékou Touré, on vous tuera tous. Tous les soldats sont décidés à passer à l’action.

Cela ne se fera pas s’il plait à Dieu, m’avait-il rassurée. Il s’était aussi intéressé à mon état de santé et m’avait raccompagnée jusqu’à la porte. Dans la cour, j’avais vu  le Commandant Alhousseiny Fofana et le Capitaine Jean Traoré qui disaient en partant: «A tout à l’heure»!. Avant de sortir, j’avais dit à Madame Henriette Conté: «Toi, tu viens de te marier,(13 février 1983 a Kamsar) nous, nous avons trop souffert. Il faut encourager ton mari car, ce n’est pas une trahison en prenant  le pouvoir puisque Sékou Touré est mort ». Henriette m’avait dit: «J’ai entendu». A Jean Claude, le jeune frère de Henriette Conté, j’avais répété la même chose. Arrivée à la maison, j’avais fait le compte-rendu à mon mari.

 

Le capitaine Fodé Momo Camara m’avait informée aussi que le Capitaine Kerfalla Camara chargé des opérations de coordination au camp Samory, viendrait le chercher à l’heure H, fixée à  zéro heure le 3 avril 84. Ce dernier effectivement était venu le réveiller et ils étaient partis. A 6 heures du matin, j’avais réveillé les enfants pour la prière. Ne voyant pas leur père, ils avaient tous demandé: «Où est papa»? Quelques minutes après, le Capitaine Fodé Momo Camara avait téléphoné en me demandant de bien garder les enfants et d’écouter la radio qui jouait déjà la musique militaire. Quand la nouvelle de la prise du pouvoir avait été annoncée, des murmures gaillards avaient salué l’événement dans la maison.

 

Heureusement que le coup avait réussi, sinon beaucoup allaient perdre leur vie, m’étais-je  exclamée! Je vous dois des informations complémentaires pour comprendre davantage mon attitude lors des préparatifs du coup d’Etat du 3 avril 1984. En effet, toute jeune je fréquentais le camp militaire de Kindia. J’ai rejoint mon mari à Kati en 1955 bien avant l’accession de notre pays à l’indépendance. En 1959 j’ai été témoin de la création de l’armée guinéenne au camp Soundiata Keita à Kankan où j’ai été présidente des femmes des épouses des militaires jusqu’en 1963. J’ai été au Sénégal, au Mali et au Bénin où j’ai observé l’organisation de l’armée dans ces trois pays après leur accession à l’indépendance.

 

Mon mari avait de nombreux promotionnaires dont il me parlait souvent et qui avaient fait des coups d’Etat chez eux tels que Kouandété Maurice Iropa, Kérékou Mathieu, Mama Djougou Amadou, Sény Kountché, Yoro Diakité, Ouologuem Abdoulaye, Maïga Abdourahamane, Amadou Baba Diarra, etc. C’est pourquoi j’avais entrepris mon mari pour faire le coup d’Etat avec ses camarades parce qu’ils en étaient capables comme leurs anciens promotionnaires des écoles militaires de Kati et de Saint–Louis. A la faveur du décès du Président Sékou Touré, j’ai été donc inspirée le 27 mars 84 dans la soirée pour demander instamment à mon mari d’organiser avec ses camarades un coup d’Etat. Mon ton péremptoire traduisait la misère de l’armée et du peuple qui aspiraient ardemment au changement après 26 ans de régime révolutionnaire éprouvant. Ma détermination avait été telle quand le Capitaine Kerfalla Camara était venu chercher mon mari, je l’avais aidé à s’habiller rapidement pour ne pas être en retard sur ses camarades qu’il devait retrouver au domicile du Colonel Lansana Conté à 2 heures le 3 avril 84. En partant, je lui avais dit: «Papa, va si tu meurs, Dieu m’aidera à élever les enfants.» Par probité morale je me devais de révéler ce complément d’information à mon premier témoignage, ma part de Vérité que je lègue à l’histoire, sans haine et sans passion.

 

Cheick Sylla, Journaliste à la RTG

     Guinée d’un régime à l’autre ( janvier 1997)

Cheïck Sylla très volontaire raconte: «J’avais le journal de 6h 45 à préparer, j’avais aussi des reportages à envoyer pour les Radios étrangères sur le déroulement de la succession. Tous les studios étaient déjà investis de militaires, avant mon arrivée. J’étais grandement surpris. Mais, le comportement de ceux qui étaient là m’a rassuré. Ils m’ont dit, avec mes camarades: «Vous allez vous mettre à notre disposition parce que les choses vont changer: l’Armée a décidé de prendre le pouvoir». Et on a commencé à travailler avec eux. A 7h 25, j’ai appelé RFI pour annoncer la nouvelle de la prise du pouvoir par les Forces Armées Nationales.»

 

 

Lt-Colonel M’Bemba Keita

Guinée d’un régime à l’autre.

Les révélations du Lieutenant-Colonel M’Bemba Keita sont dignes d’intérêt. Dans la journée du 2 avril, tous les chefs d’Etat-major étaient regroupés dans une salle du camp Alpha Yaya (Foyer du Soldat). Fait particulier, il y avait en notre sein l’officier major de l’école normale supérieure de Manéah, le capitaine Facinet Touré. A l’issue de cette réunion, nous nous sommes séparés sans avoir rien décidé.

 

A minuit, l’actuel colonel Kerfalla Camara à l’époque capitaine est allé taper à ma porte pour me dire que l’heure était arrivée. Nous nous sommes rendus chez le colonel Lansana Conté. Dans sa cour beaucoup d’officiers y étaient regroupés : A1housseyni Fofana, Pathé Barry, Oumar Soumah, Facinet Touré parmi d’autres. C’est alors qu’il a décidé de dépêcher immédiatement des officiers sur les lieux stratégiques. Moi, j’ai été affecté à l’Énergie, Pathé à l’A.P.T (dépôt d’Hydrocarbures), Fodé Momo Camara aux P.T.T et Oumar Soumah à la R.T.G. Ces lieux stratégiques une fois tenus, les officiers attendront le matin pour faire connaître au peuple leur décision de «sauver le pays d’une guerre civile». Le Colonel Diarra Traoré n’apprendra la nouvelle que plus tard par les soins d’un civil. C’est vers neuf heures seulement qu’il rejoindra le noyau principal d’officiers décidés, retranchés dans les ateliers des Usines Militaires au camp Alpha Yaya.

 

 

A suivre

 

Copyright © 2005 Liberation. Tous droits reservés. Conception, réalisation et hébérgement www.radio-kankan.com