LiberationSOCIAL

CONFLIT DOMANIAL A MAFANCO

Les héritiers se bouffent le nez.

Le 20 janvier dernier, a éclaté à Mafanco, un conflit domanial qui a défrayé la chronique. Sur les faits, le tribunal de Mafanco, en son audience du 22 juillet 1998, a rendu un jugement controversé. Huit (8) ans après, l’exécution judiciaire a été encore programmée en 2006, avec une descente  musclée de la police a occasionnée des coups de feu et suivie d’arrestations. Les commerçants des lieux ont été vidés. Pis, l’opération  s’est passée dans une obscurité totale.

 

Des héritiers des frères Youla, s’affrontent à Mafanco, pour une parcelle. L’un et l’autre se réclamant propriétaire légitime. Le différend est transféré devant le tribunal de Conakry 3, à la demande de Dame Maciré, une des filles du second frère, Bangalia Youla. Quand bien même que la notabilité de Mafanco, qui a témoigné sur les faits, reconnaît une certaine paternité du terrain à Coléa Youla, grand frère de celui-ci, dit–on,  qui a eu la gentillesse d’amener son jeune frère à côté de lui. Au tribunal de Conakry 3 sis à Mafanco, l’audience du 22 juillet 1998 tranche net, en faveur de Dame Maciré Camara. Celle-ci est donc reconnue comme l’héritière légitime.

 

L’indignation ne se fut pas attendre dans les rangs des citoyens de Mafanco. Et contre toute attente, l’exécution judiciaire, qui devait déguerpir la famille de Youla Coléa, a tardée et durée 8 ans (1998-2006). Les occupants des lieux continuaient donc à y vivre en toute tranquillité. Jusqu’au 20 janvier dernier. Ce jour là, vers 1 heure du matin, les agents de police du commissariat central de Matam investissent les lieux et commencent à tirer des coups de feu. Ils procèdent à vider les occupants, notamment les membres de la famille de Youla Coléah.

 

Au cours de k’opération musclée et inattendue, les vendeurs de pneumatiques ont perdu de nombreuses marchandises dont la valeur est estimée à 26 millions de francs guinéens. Des curieux venus jetés coup d’œil, ont été harcelés. Certains même ont été arrêtés, confondus aux enfants de Youla Coléah.

 

Mais sur les faits, comme l’attestent les documents coloniaux, signés par l’administrateur de l’époque, la parcelle N°76 du lot 3 appartiendrait effectivement à Coléah Youla. C’est justement, l’objet du litige entre les héritiers des deux frères défunts. Ainsi dans la grosse du tribunal de Conakry 3, en son audience du 22 juillet 1998, et comparaissant contradictoirement, a mentionné ce qui suit (avec le témoignage d’un huissier en la personne de Mme Nassif Moussi : « Que Bangaly Camara (ou Bangalia), ont harmonieusement vécu dans la dite concession, le premier ayant bâti une maison en dur et le second une case ronde. Mais le cas de la parcelle 76 du lot 5 qui est contraire à la parcelle N°76 du lot 3, ravive les hostilité entre les enfants héritiers des deux frères Youla.

 

Au jour d’aujourd’hui, comme c’est loisible de le constater, la haine est totale entre les enfants des deux familles Youla de Mafanco. Pourtant, ils ont cependant les mêmes ancêtres, les mêmes origines avec un destin commun. Mais divisées par le démon argent avec la bénédiction de parents ambitieux et égoïstes,  et revendeurs de terrain par ricochet, ces derniers oeuvrent inlassablement à raviver le feu entre les héritiers des frères défunts.

 

C’est là le hic. Que la justice rende son verdict,  que la police soit amenée à exécuter une procédure judiciaire, n’a rien de graves. Mais le mal, réside dans la manifestation de la vérité.

Ce qui est actuellement un manque à gagner que personne n’arrive à contrôler. Cependant, qui doit être exigé par tous, si nous voulons vivre ensemble et en paix dans la cité. A quand la justice sera-t-elle rendue et l’arrêt de la confrontation ?

Affaire à suivre…

Mohamed Sylla

 

 

Conte Le ministre et ses moutons de sacrifice !

Il règne un certain climat de fébrilité et d’inquiétude depuis un certain temps dans la capitale guinéenne. Du moins du côté de leurs Excellences Mesdames/Messieurs les ministres. Il semble que le Vieux se soit résigné à l’idée d’un gouvernement d’union nationale, chargé d’expédier les affaires courantes d’ici à la prochaine élection présidentielle.

 

Et comme de coutume, le paganisme ayant encore de beaux jours devant lui en Guinée, les ministres en fonction et les hauts cadres nourrissant le secret désir d’être dans les faveurs présidentielles, se livrent à une véritable campagne de pratiques occultes dont je vous prie de m’excuser de ne pas devoir exposer ici certains détails. Toujours est-il que ce sont de sommes fabuleuses qui sont investies durant ces cycliques journées de fausses rumeurs. Car devenir ministre en Guinée, c’est le raccourci vers le club des millionnaires. Avec à la clé une sédentarisation en fonction qui saura vous absoudre de tous vos péchés…

 

Et bien alors, Monsieur DAMBA est ministre. Il a l’inouïe chance de se trouver à la tête du plus convoité des Départements : le ministère du pétrole. Une telle juteuse promotion se doit d’être sauvegardée. Pour ce faire, il est impératif de faire preuve d’une large mais discrète générosité à l’égard des tout proches membres de l’entourage du Vieux. Entretenir ses sept mystiques qui vous inonderont régulièrement du contenu fétide de ces bouteilles tout droit sorties d’innombrables nuits de chapelets égrenés.  Croyez-moi, nos ministres ne dorment ni ne sommeillent !

En donnant les premiers coups de pagaie, à l’heure du laitier de ce vendredi saint, son cousin de garde du corps à ses cotés, son Excellence se dit que, comme de coutume, la réussite ne pouvait souffrir d’aucun doute. Les prédictions de N’Fah DIABY se sont toujours révélées des plus exactes. Bien que cette fois-ci le sacrifice paraisse quelque peu surréaliste. Il faut dire qu’immoler sept moutons dans la force de l’âge ne semble pas chose aisée. Surtout dans une barque traditionnelle…

 

- Pagayez tout droit, aussi loin qu’aucun bruit de la ville ne vous atteigne. Egorgez les, de votre propre main, et assurez vous qu’aucune goutte de leur sang ne soit vue d’êtres humains en dehors de vous et de votre compagnon.

 

Bien que tout à sa pagaie, les propos sibyllins du marabout résonnent dans la tête du ministre qui, en faisant défiler la liste de toutes les faveurs liées à ses fonctions, se dit que s’il faut en passer par là pour être plébiscité par le vieux Général… Tout de même, dans cet ensemble de lépi traditionnel qui le gêne dans son effort, la sérénité intellectuelle dont le ministre ne se départit jamais fond à vue d’œil comme neige au soleil. Parapher des documents officiels en raflant au passage de substantielles commissions demande un certain effort certes, mais ramer sur des kilomètres requiert des efforts encore plus fabuleux.

- Je pense que nous pouvons procéder ici, dit le ministre dégoulinant de transpiration.

 

Joignant l’acte à la parole, le ministre se saisit d’un premier mouton. Il faut l’égorger, ne l’oublions pas, de manière à ce que son sang ne touche aucun objet censé revenir sur terre. Il survient un fait à ce moment précis, dans la besogne de nos aventuriers qui nécessite de ma part un appel: Chers parents d’élèves et chers maîtres, au lieu de trimer à inculquer aux enfants l’art de compter, de situer les pays les uns par rapport aux autres à travers la planète, de se souvenir des hauts faits de Samory ou de Napoléon (quand il n’était pas tombé Bonaparte), d’apprécier les subterfuges des alliés pour débarquer en Normandie, croyez moi, vous devez plutôt leur apprendre le subtil art d’égorger sept moutons dans une pirogue en haute mer. Car au moment où le ministre et son garde du corps s’évertuent à maintenir le premier mouton en dehors de l’embarcation, il se produit deux évènements majeurs: le mouton mis à l’eau se met à gigoter à tel point que la pirogue se met à tanguer dangereusement, et les autres animaux, voyant cette scène, croient devoir prouver que depuis Panurge, les moutons sont appelés à toujours se suivre…Pire, obéissant à son instinct grégaire, le troupeau emprunte le même point de passage et fait chavirer la précaire embarcation. Notre ministre, accroché à la queue du plus costaud des ruminants sahéliens ne semble pas apprécier le confort de cette houleuse immensité. Il n’a plus aucune intention de l’égorger, mais un ardent désir de l’amener à mettre le cap sur les lumières du rivage. Malheureusement pour notre bien nourri naufragé, le premier des moutons semble avoir décidé de franchir l’Atlantique à la nage, pour aller embrasser la statue de la liberté. Or le ministre n’a pas eu la chance d’être remorqué par le premier, mais par le dernier ! Et c’est probablement héréditaire chez eux, les moutons se suivent toujours.

 

De guerre lasse, le ministre se résout à abandonner cette bouée de sautage improvisée, pour mettre le cap lui-même, sur les scintillants rivages de la capitale guinéenne. A vue d’œil, croit-il, ce n’est pas bien loin. Son Excellence se lance donc à l’assaut de Conakry, pour se rendre tout de suite compte que ce ne sont pas seulement les sahéliens qui sont souvent victimes de mirage. Il maudit ce marabout qui, depuis sept ans, en prédisant des choses qui ne se sont certes réalisées que par pure coïncidence, s’est suffisamment enrichi sur son dos. Au diable Lansana CONTE et son régime claudiquant, vivement un cataclysme qui rapproche les rivages des hautes mers ! Il en est à regretter d’avoir été un seul jour ministre.

 

Notre ministre délire à tel point qu’il n’a pas conscience qu’il n’est plus chahuté par les houles d’une mer déchaînée, mais par les balancements plaintifs de l’un de ces taxis antédiluviens mais matinaux qui, sans papiers ni amortisseurs, chargent du poisson à partir du port de pêche de Boulbinet (juste derrière les bureaux du Général Lansana CONTE) pour les grands marchés de Conakry.

 

- Je ne me rappelle pas bien, mais ce type ne m’est pas inconnu, dit l’un des pêcheurs qui ont porté secours aux naufragés.

- Je ne l’ai jamais vu de ma vie, rétorque le chauffeur, en donnant un violant coup de volant pour éviter l’une des plus béantes ornières défigurant les rues de Conakry.

Quant on se couche à onze heures du soir pour se lever à cinq heures du matin, il faut dire qu’on pas beaucoup de temps pour se faire des relations.

          Mon cousin, avec son talent de narrateur, me regarde fixement, l’air malheureux. Depuis qu’il m’a entraîné de force dans ce débit de boissons ce matin, il en est à sa douzième bouteille de bière. « J’ai une histoire pour toi » m’avait-il dit, l’air mystérieux. Curiosité professionnelle oblige, je l’ai suivi. Ancien des Services de la présidence, il n’a pas la lucidité de Bill Casey, mais il semble bien qu’il soit mieux informé que la plus part de ses concitoyens. Il secoue sa dernière bouteille pour en extraire d’improbables dernières gouttes. Peine perdue. La détresse que je lis alors dans son regard me fait faire signe au barman de lui apporter une autre bouteille (la dernière, je l’espère).

 

- Tu peux jurer que tu ne me racontes pas cette incroyable histoire pour…

Il ne me laisse pas finir ma question, m’attrape par le bras et me souffle en plein visage, l’haleine empreinte de plusieurs années d’agression alcoolique : « m’as-tu déjà refusé quoi que ce soit ? » C’est vrai que je ne lui refuse rien, le cousin.

- Le Vieux n’a pas eu vent de cette affaire ? Je lui demande pour éviter qu’il ne perde le fil de sa narration.

Il me regarde avec le sourire et la satisfaction de celui qui, sachant son histoire peu crédible, parvient tout de même à vous en boucher un coin à la fin.

- Sois à l’écoute de la RTG demain soir, tu auras la réponse à ta question.

Et bien le lendemain, par un mini remaniement le Général Lansana CONTE remerciait trois de ses ministres qu’il appelait par le même « acte du pouvoir central » à faire valoir leur droit à la retraite.

 

Probablement pour n’avoir pas suivi à la lettre les recommandations de son marabout, le nom de notre héros figurait en deuxième position.

Ousmane Boffa

 

Copyright © 2005 Liberation. Tous droits reservés. Conception, réalisation et hébérgement www.radio-kankan.com